Reportage 24H Moto Barcelone 2026 | Paddock & Équipe | Audrey Versini Photographe Perpignan

Thibault Foray pilote amputé des deux jambes 24H Moto Barcelone 2026 première mondiale — reportage photographique Audrey Versini Perpignan

Reportage Photo 24H Moto Barcelone 2026 |

Une équipe qui invente une nouvelle manière de courir ensemble

« Tu peux rester. »

C’est la seule phrase que Yoann, l’un des mécaniciens, m’a dite en me voyant m’approcher et commencer à photographier. Une phrase courte. Un accès total.

Venir ici relevait du hasard. Je suis arrivée en me disant : et pourquoi pas ? Je suis restée parce que j’ai compris pourquoi.

Pendant quarante-huit heures, j’ai suivi en tant que photographe de reportage l’équipe Ducati Bayonne dans le paddock des 24H Moto de Barcelone. Quatre pilotes, une seule moto. Mickaël Domingues, Gilles Elissalde, Clément Granzotto et Thibault Foray, pilote amputé des deux jambes. La machine a été entièrement repensée pour que les quatre hommes se relaient au guidon sans jamais changer de monture. Une première mondiale en endurance moto, selon l’équipe.

Thibault Foray pilote amputé des deux jambes 24H Moto Barcelone 2026 première mondiale — reportage photographique Audrey Versini Perpignan
Reportage photographique 24H Moto Barcelone 2026 paddock équipe Ducati Bayonne — Audrey Versini photographe
Mécanicien équipe Ducati Bayonne préparation moto paddock 24H Moto Barcelone 2026 — Audrey Versini photographe reportage Perpignan
Stand équipe Ducati Bayonne paddock 24H Moto Barcelone 2026 reportage photographique immersif — Audrey Versini Perpignan

48 heures avant le départ

En arrivant, je savais à peine que Ducati était une marque italienne. L’instant d’après, je vivais déjà au rythme du chronomètre, volant quelques minutes de sommeil dans ma voiture entre deux relais.

Je ne regardais pas les motos. Je regardais les hommes qui les faisaient vivre. C’est pour ces images que je suis venue.

Ce reportage sans virages. Il est ailleurs. Il est à l’intérieur du paddock.

Là où les mains se couvrent de graisse. Là où les regards restent suspendus au chronomètre. Là où l’on applaudit aussi l’équipe adverse, quand un mécanicien réussit à remettre une moto en piste en un temps record. Là où le silence précède le départ. L’odeur de l’essence, du métal chaud, des pneus brûlés qui imprègnent tout. La fatigue qui creuse les visages, les doutes, les peurs, les éclats de rire, les joies discrètes, les gestes répétés mille fois jusqu’à devenir instinctifs. Là où les mécanos font « Popopop » du bout des lèvres, pour encourager l’Italienne qui s’élance.

Mécanicien préparation Ducati paddock endurance moto Barcelone 2026 — reportage photo Audrey Versini photographe Perpignan

24 heures avant le départ

Il est temps. Direction Perpignan, un reportage déjà réservé. 22h fin du reportage, la route repart vers Barcelone.

12 heures de course

23h45 De retour à Barcelone. Pas le temps de me changer. Le pas élancé, mon matos au bras et dévorant mon « Entrepans Ibérico », j’enfile mon dossard, le graal qui donne accès aux entrailles de la course et au ” Pit lane “. ( Nouveau language pour moi, on s’adapte ! )

J’avais suivi la course en temps réel. Je comprends mieux maintenant ce long arrêt au stand. Une panne électronique a ralenti l’équipe, obligeant les mécaniciens à courir jusqu’à un virage pour pousser la moto et soutenir leur coureur, leur collègue.

Le podium s’éloigne. Mais sur leurs visages, je lis que l’essentiel est ailleurs. L’essentiel, c’est de terminer la course.

16 heures de course

4h00. Pas le temps de se poser. On ne sait jamais. Pendant que les motos enchaînent les tours, la vie continue à l’intérieur et à l’arrière du paddock.

Loin des projecteurs, l’endurance s’écrit aussi dans ces instants suspendus. Les mécaniciens, les pompiers et les bénévoles reprennent leur souffle sans jamais vraiment se reposer. Les yeux restent fixés sur la course. Les corps réclament une pause. L’esprit, lui, demeure en alerte.

Épuisée. Dans ma tête, une seule voix : va t’allonger. L’idée d’une douche aura raison de moi.

18 heures de course

5h00 du matin, 29°. Le jour va se lever. Je dormirais demain.  

L’avant veille, j’avais déjà repéré l’angle exact, imaginé ce que ces silhouettes donneraient à cette heure précise, quand le ciel bascule entre la nuit et l’aube. J’assiste à ce que l’être humain a de plus beau, la cohésion, la fraternité. Un moment de relâche suspendu avant que le prochain pilote franchisse le pit lane.

Je cherche un peu de fraîcheur.

Le Media Centre est presque vide. Les écrans défilent, les classements s’actualisent, le silence remplace un instant le grondement des moteurs. J’en profite pour respirer, reprendre mes esprits, vérifier mes images. En bas, rien ne s’arrête. La chaleur gagne le paddock, la fatigue s’installe sur les visages, mais chacun reste à son poste.

L’histoire, elle, continuait de s’écrire en bas. ” Ici, on analyse. Là-bas, on agit”

29 minutes avant la fin

11h30.  Je ne sais plus qui est qui.

Je capture par automatisme ces visages, ces yeux heureux remplis de larmes et qui ont encore peur de la dernière panne. L’équipe adverse et voisine dépose un carton de Cava devant le paddock.  Là encore, ce que l’être humain a de fraternel.

La fin du Chrono

Trois minutes avant le drapeau, un mécanicien ( je ne sais plus lequel ) se penche vers moi. « Tu vas voir, on va tous se jeter sur le grillage. »

La fin de course a sonné.

Je capture, instinctivement, malgré leur émotion, malgré leur joie communicative qui déborde de partout. Je tourne la tête. Une marée humaine envahit la piste. Une fourmilière discrète, terrée dans les paddocks pendant quatre jours, qui surgit soudainement au soleil. Je suis aujourd’hui encore, incapable de vous dire qui a gagné, mes yeux sont restés rivés sur celles et ceux qui sont devenus «  Mon équipe ».

Un père qui soulève son fils pilote. Une sœur qui embrasse son frère. Une mère en larmes.

Cette histoire ne parle pas d’un pilote, elle parle d'une équipe.

Ces images ne cherchent pas le spectaculaire. Elles cherchent la mémoire des lieux, leur odeur, leur tension, leur humanité. Elles racontent ce qui se passe à l’intérieur. Ce que la piste ne montre jamais.

Je ne photographiais pas la course. Je photographiais ceux qui la rendaient possible.

Leurs larmes sont devenues les miennes.  Prochaine étape… Le Mans.

Une équipe qui accueille comme elle court. Avec le coeur.

Mes remerciements les plus sincères à la team Esprit Moto de Bayonne, pour leur confiance, leur générosité et cette porte ouverte sur leur monde. À leur famille. À celles qui tiennent tout, les femmes, les compagnes, les épouses. Discrètes dans les images, essentielles dans chaque rouage de cette aventure.

Merci à toi, Yoann pour ton : « Tu peux rester ».  

À mon confrère Fabien Mas, vidéaste, merci.

Merci au Circuit de Barcelona-Catalunya et à toute leur équipe pour avoir retrouvé mes clés, oubliées dans les douches du circuit les bras chargés, malgré mon catalan roussillonnais qui laisse parfois les Catalans d’Espagne perplexes. Sans vous, je serais peut-être encore là-bas.

Enfin, à toi Dumé, tu n’étais pas là et pourtant tu étais partout. J’ai compris, maintenant, ce que ce grondement fait au ventre.

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Photographe depuis 1994, formée à l'argentique basée à Perpignan depuis 2007. Chaque mission commence par une écoute : vos objectifs de communication. Reportage, série de portraits, couverture institutionnelle de votre structure, nous construisons ensemble un brief précis, adapté à ce que vous êtes réellement. Étude sur devis personnalisé. |

Au-delà du paddock |

Mon travail photographique traverse d'autres univers : le bloc opératoire, les caves et les vignes, les chantiers, les cuisines, les scènes. Partout où un métier se vit de l'intérieur, j'entre. Pour tous ceux qui font quelque chose de leurs mains ou de leur intelligence et qui méritent qu'on le montre autrement. Je déclenche. Partout en France et à l'international |

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